38. À Madame de Grignan

À Livry, jeudi au soir, septembre-octobre 1678.

Le temps est fort triste et tout à fait tourné à la pluie ; ne venez point vous dégoûter entièrement de cette petite solitude. Il reviendra encore quelques beaux jours. Si vous venez nonobstant le temps, je les trouverai fort heureux. Pour moi, je soutiendrai ici ma petite gageure, et m’en retournerai bien vite auprès de vous. Je n’ai pas laissé de me promener ce soir ; il y avait une sainte horreur assez charmante, mais en vérité la solitude ressemblait trop à celle que Mlle d’Alérac nous proposait l’autre jour. L’Odyssée m’est fort nécessaire ; je suis assurée que ce livre me divertira. Bonsoir, ma chère bonne ; peut-être que le soleil me fera changer d’avis demain matin. Surtout, ma bonne, ne vous fatiguez point et conservez cette santé si délicate. J’embrasse tout ce qui est autour de vous.

Share on Twitter Share on Facebook