I

Il est deux îles dont un monde

Sépare les deux Océans,

Et qui de loin dominent l’onde,

Comme des têtes de géants.

On devine, en voyant leurs cimes,

Que Dieu les tira des abîmes

Pour un formidable dessein ;

Leur front de coups de foudre fume,

Sur leurs flancs nus la mer écume,

Des volcans grondent dans leur sein.

Ces îles, où le flot se broie

Entre des écueils décharnés,

Sont comme deux vaisseaux de proie,

D’une ancre éternelle enchaînés.

La main qui de ces noirs rivages

Disposa les sites sauvages,

Et d’effroi les voulut couvrir,

Les fit si terribles, peut-être,

Pour que Bonaparte y pût naître,

Et Napoléon y mourir !

« — Là fut son berceau ! — Là sa tombe ! »

Pour les siècles, c’en est assez.

Ces mots, qu’un monde naisse ou tombe,

Ne seront jamais effacés.

Sur ces îles à l’aspect sombre

Viendront, à l’appel de son ombre,

Tous les peuples de l’avenir ;

Les foudres qui frappent leurs crêtes,

Et leurs écueils, et leurs tempêtes,

Ne sont plus que son souvenir !

Loin de nos rives, ébranlées

Par les orages de son sort,

Sur ces deux îles isolées

Dieu mit sa naissance et sa mort ;

Afin qu’il pût venir au monde

Sans qu’une secousse profonde

Annonçât son premier moment ;

Et que sur son lit militaire,

Enfin, sans remuer la terre,

Il pût expirer doucement !

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