SCÈNE IV

TROIS SENTINELLES.

Le chemin de ronde sur les remparts de Mogador. Entre les créneaux la mer illuminée par le clair de lune.

PREMIER SOLDAT

Écoute ! ça recommence !

DEUXIÈME SOLDAT

Je n’entends rien.

TROISIÈME SOLDAT

Y a pas de danger que nous entendions encore quelque chose. Bon Dieu ! j’en ai plein la malle. Oh là là ! mais quel cri qu’il a poussé !

DEUXIÈME SOLDAT

Un cri comme ça, c’est quand on touche la fibre.

PREMIER SOLDAT

Quelle fibre ?

DEUXIÈME SOLDAT

Ct’affaire que cherchent les bourreaux. Chez les uns, elle est ici, chez les autres pas. La fibre, quoi.

TROISIÈME SOLDAT

Maintenant c’est fini pour Don Sébastien. I s’en fout.

PREMIER SOLDAT

De profundis.

DEUXIÈME SOLDAT

Saint Jacques qu’il avait toujours sur lui dans sa poche lui fera passer la douane.

TROISIÈME SOLDAT

Pauvre Don Sébastien !

PREMIER SOLDAT

Dis pas les noms.

TROISIÈME SOLDAT

C’est vrai qu’i nous avait salement trahis.

DEUXIÈME SOLDAT

Quoi faire autre chose ? Du moment où c’te foutue chienne de Prouhèze…

PREMIER SOLDAT

Dis pas les noms.

DEUXIÈME SOLDAT

… du moment où notre vieille épousait notre vieux, i n’avait plus qu’à se sauver. Et où c’est qu’i se serait sauvé autre part que chez les Turcs ?

TROISIÈME SOLDAT

J’en ferais sacré bien autant si je pouvais.

PREMIER SOLDAT

Parle pas si fort ! Tu sais que notre vieux se promène souvent la nuit. Il a beau se mettre en blanc avec un manteau noir, on le voit tout de même. Il a ses deux yeux qui brillent comme ceux d’un chat.

TROISIÈME SOLDAT

Espère un peu que je l’attrape dans un bon coin ! Que je sois petit poisson si je ne lui flanque pas un coup de fusil !

DEUXIÈME SOLDAT, sautant sur son fusil.

Qui va là ?

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