VI

Comme un énorme écueil sur les vagues dressé,

Comme un amas de tours, vaste et bouleversé,

Voici Babel, déserte et sombre.

Du néant des mortels prodigieux témoin,

Aux rayons de la lune, elle couvrait au loin

Quatre montagnes de son ombre.

L’édifice écroulé plongeait aux cieux profonds.

Les ouragans captifs sous ses larges plafonds

Jetaient une étrange harmonie.

Le genre humain jadis bourdonnait à l’entour,

Et sur le globe entier Babel devait un jour

Asseoir sa spirale infinie.

Ses escaliers devaient monter jusqu’au zénith.

Chacun des plus grands monts à ses flancs de granit

N’avait pu fournir qu’une dalle ;

Et des sommets nouveaux d’autres sommets chargés

Sans cesse surgissaient aux yeux découragés

Sur sa tête pyramidale.

Les boas monstrueux, les crocodiles verts,

Moindres que des lézards sur ses murs entr’ouverts,

Glissaient parmi les blocs superbes ;

Et, colosses perdus dans ses larges contours,

Les palmiers chevelus, pendant au front des tours,

Semblaient d’en bas des touffes d’herbes.

Des éléphants passaient aux fentes de ses murs ;

Une forêt croissait sous ses piliers obscurs

Multipliés par la démence ;

Des essaims d’aigles roux et de vautours géants

Jour et nuit tournoyaient à ses porches béants,

Comme autour d’une ruche immense.

*

— Faut-il l’achever ? dit la nuée en courroux.

— Marche ! — Seigneur, dit-elle, où donc m’emportez-vous ?

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